Viktor Emil Frankl (1905-1997) et la Logothérapie
* * *
Ou le besoin de sens de l'homme
* *
Par Ostro
*

Dates
-
26 mars 1905 : Viktor Frankl naît à Vienne, en Autriche.
-
1921 : il débute sa correspondance avec Freud.
-
1930 : docteur en médecine, il se spécialise en neurologie.
-
1942-1945 : quelques mois après son mariage, il est déporté avec sa femme, sa mère, son père et son frère. Il sera le seul à en
revenir.
-
1945 : il publie "Un psychiatre déporté témoigne".
-
1947 : il épouse en secondes noces son assistante, Eléonore. Ils auront une fille, Gabrielle.
-
1948 : il publie "Dieu inconscient".
-
1950 : il fonde la Société médicale autrichienne pour la psychothérapie.
-
2 septembre 1997 : il meurt à l’âge de 92 ans, après un demi-siècle de pratique et d’enseignement.
L’homme
Professeur en neurologie et psychiatrie Autrichien, Frankl est le géniteur d’une nouvelle thérapie qu'il
baptise « logothérapie » et qui prend en compte le besoin de « sens » et la dimension spirituelle de la personne.
D’abord continuateur de Freud, il s’en détache en insistant sur la dimension spirituelle de l’homme qui s’ajoute aux instances du psychisme ça moi et surmoi.
« A côté de Freud, je ne suis qu’un nain, mais si un nain grimpe sur les épaules d’un géant, il voit beaucoup plus loin que lui. » ne
manquait il pas de souligner Frankl avec une pointe d’autodérision.
« Lorsqu'on trouve un sens aux événements de sa vie, la souffrance diminue et la santé mentale s'améliore », nous dit Victor
Frankl.
Il enseigna la logothérapie à l'Université internationale de San Diego. « United States International
University ». Cette université a créé pour Frankl un institut de logothérapie qui a pour tâche de faire progresser la recherche dans ce domaine et de préparer des médecins et
des psychologues à la pratique de la logothérapie.
Son expérience des camps de la mort
Brillant universitaire, il voit sa carrière brisée par la persécution nazie, qui le conduit à vivre l’expérience tragique des
camps de concentration, ou sa vie va être bouleversée. C’est dans l’enfer des camps qu’il trouvera la déterminante maîtresse de son œuvre et le besoin de sens. Il voit toute sa famille décimée.
Ses parents, son frère, sa femme. Seul survivant avec sa sœur. Dans sa lutte pour rester en vie, il découvre que ce désir de vivre encore n’a de sens que s’il lui permet de comprendre son
absurde souffrance. Si la vie devait être investi d‘un sens, ici même, dans l’antre du non sens le plus complet, il lui fallait trouver le sens de la souffrance et de la mort cette infamie.
Quel sens demeure quand toute dignité est bafouée, quand ses proches sont transformés en fumée ou en savon, quand son avenir est compromis. Quel sens à attribuer au sein d'une brutalité
quotidienne ? Quelle possibilité de survivance psychologique dans pareil réalité ?
Et pourtant comme d’autres détenus Frankl s’est maintenu en vie. Survivre dans l’enfer des camps prouve que l’être humain est
doté d’une instance intra-psychique inaltérable, qu’il nommera plus tard l’inconscient spirituel.
Partant du postulat qu’il faut attribuer un sens à nos actes, c’est dans ses conditions de déchéance extrême, que germera l’axe
l’étonnante interrogation sur les possibilités de réalisation et d’accomplissement offertes à l’homme !
Son œuvre : la
logothérapie
Etymologiquement la logothérapie se traduit par « le soin par la recherche de sens »
En temps que scientifique, l’enseignement de Frankl doit être considéré comme un enseignement médical et non moraliste. Dès 1924, il publiait son
premier travail sur la volonté de sens dans la revue internationale de psychanalyse, à l'invitation de Sigmund Freud lui-même. Cette volonté de sens sera l’axiome de ses recherches. Les
recherches de Frankl sont des recherches scientifiques et cliniques.
Même si elle contient une grande portée philosophique, la logothérapie est une proposition
thérapeutique pour guérir des personnes de leurs souffrances.
Victor Frankl, dans « Découvrir un sens à sa vie », prétend qu'on peut encore répondre
positivement en s'appuyant sur des faits vécus. Les camps de concentration prouvent que l'être humain peut encore choisir, et garder sa dignité dans des conditions les plus extrêmes. Ce fait
prouve que l’être humain est doté d’une instance intra-psychique inaltérable, qu’il nommera plus tard l’inconscient spirituel.
Dans « Découvrir un sens à sa vie », le Dr Victor Frankl, parle de l'importance d'un
optimisme tragique, « C'est-à-dire d'un optimisme face à la tragédie qui tienne compte de l'aptitude de l'homme qui, lorsqu'il est en accord avec lui-même, peut :
-
Transformer la souffrance en réalisation humaine.
-
Trouver dans son sentiment de culpabilité l'occasion de s'améliorer.
-
Agir de façon responsable face au caractère transitoire de la vie.
Logothérapie, trois façons différentes de découvrir le sens de sa vie.
Sa discipline met en évidence les trois façons de trouver son
sens.
1) La première passe à travers l’accomplissement d’une œuvre ou d’une
bonne action. Cela favorise le déploiement de ses possibilités, de ses potentialités, et fait sortir de sa passivité et de son statut de victime impuissante ou
résignée.
2) La seconde est en faisant l’expérience de la bonté, de la vérité, de la beauté. Cela peut
prendre la forme du rapprochement avec la nature, ou des contacts avec d’autres cultures, ou de connaître le caractère unique d’un être humain à travers l’amour.
3) La troisième façon de trouver un sens à sa vie réside dans l’attitude à prendre devant une souffrance
inévitable. Placé dans une situation désespérée, il reste encore à l’être humain la liberté de choisir l’attitude à adopter : vivre jusqu’au bout, mourir dans la dignité, assumer
ses souffrances. « Lorsqu’on ne peut modifier une situation - un cancer incurable, par exemple - on n’a d’autre choix que de se transformer. »
« La souffrance n’est pas nécessaire pour trouver un sens à sa vie. Mais on peut trouver ce sens même à travers la
souffrance, si celle-ci est inévitable. Si elle ne l’est pas, toutefois, il faudrait en éliminer la cause, qu’elle soit psychologique, biologique ou politique. Accepter de souffrir inutilement
relève du masochisme plus que de l’héroïsme... Mais accepter de souffrir avec courage conserve à sa vie son sens jusqu’au dernier moment. »
Elle considère la responsabilité humaine comme essence même de l'existence , et elle essaie de
faire valoir à l'être, au patient, quelles sont ses responsabilités : à lui de choisir ce dont il se sent responsable, envers qui et envers quoi il se sait responsable.
Une critique de la psychanalyse classique, troisième voix de la psychothérapie
Après Celle de Freud et de Adler, Frankl inaugure une nouvelle approche de la guérison des personnes en leur permettant de
trouver un sens à leur vie. Dans ce cheminement, le ressort de la vie ne se trouve ni dans la satisfaction de l’instinct, ni dans la compensation de sentiments d’infériorité ou la conquête de
position de force dans l’échelle sociale.
Le ressort de la vie est dans l’accomplissement de tâches qui ont un sens, que l’homme approuve intérieurement, auquel il va
s’adonner librement et qui aura pour effet de lui procurer un sentiment de plénitude.
Si certaines philosophies ont décrété la mort de Dieu, si la psychanalyse réduit le phénomène religieux à une névrose qu’il faut coûte que coûte
soigner, Victor Frankl découvre que l’homme est d’essence spirituelle et qu’au-delà de l’instinct de plaisir, sa nature profonde le conduit vers la connaissance de son
âme. Avec ce qu’il appelle le Dieu inconscient, la théorie de la Logothérapie se rapproche particulièrement de l’enseignement des sagesses traditionnelles. En cela la connaissance de
cette approche devrait intéresser particulièrement le monde religieux car il vient combler le fossé entre sciences humaines et spiritualité.
« Le fait que j'aie survécu à quatre camps de concentration m'autorise à témoigner de l'aptitude incroyable de l'être humain
à défier les pires conditions imaginables. »