Dimanche 23 décembre 2007 7 23 /12 /2007 19:22


 
Musique


A R C H I V E

( U K ) 

 

"L o n d i n i u m"

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Par Ostro

 

 

 
    La formation par laquelle le phénomène trip hop se manifesta à moi. Le trip hop s’il l’on devait le résumer sommairement est une base rythmique hip-hop sur laquelle viennent se greffer toute sorte d’influence tel que jazz, blues, musique électronique, musique de film, soul, rock, dub et j’en passe. Contexte de cette aboutissement sonore,  Bristol au début des années 90. Une pièce maîtresse et incontournable de ce courant musical, quelque peu égaré entre l’éléctro et la musique psyché. Un tour de force.
 

Le premier album d'Archive pourrait, rétrospectivement, le seul disque de trip hop qu'il faudrait retenir s’il devait n’en rester qu’un. Il distance sans trop d’effort le célèbre Portishead et ses envolées parfois un peu vasouilleuses, qui n’en demeure pas moins une référence du mouvement trip-hop. Loin devant la « French Touchette », la Massive Attack, Rae and Christian et loin devant les bidouilleurs transgenres de tous acabits, les hip-(grass)hopers, les Radiohead et l'Intelligent techno, les trickistes et les soundtraqueurs, entendez chasseur de son. 

 

 
Londinium nous transporte grâce à la voie suave et délicieuse de Roya Arab (qui a délaissé la musique pour l’archéologie), le tranchant rappeur John Rosko et l'expérimenté maitre Kevin "My Bloody Valentine" Shields, auront réussi avec cet album à résumer les dix années qui les ont précédés et les celles qui ont suivi depuis lors.


Sorti près de deux ans après son enregistrement, Londinium n'avait, en 1996, pas reçu l’accueil dithyrambique qu'il méritait. Cet album réussissait pourtant le tour de force d'être le premier album d'obédience électronique à réussir la synthèse parfaite de tout ce qui jusqu'alors évoquait la sensualité. Disque profondément soul par son interprétation des voix (All Time), symphonique (skyscraper), et pourquoi pas bande son imaginaire d'un film fantastique qui verrait l’accouplement tantrique de quelques joyeux robots^^ (Old Artist). Londinium est aussi un choc des cultures rap et jazzy (So few words), guimauve black à la Michel Legrand (Headspace), chambre de développement des fantasmes d'ectoplasmes incarnés (Darkroom), réservoir de hits imparables (Londinium), le balayage de la première moitié de l'album suffit aujourd'hui à témoigner de la variété et de la richesse d'inspiration qui anima alors les deux têtes pensantes du groupe. Bâti sur l'association de deux bricoleurs certainement hantés par le soucis du détail (perfectionnistes ?) et de leurs opposés, des chanteurs-objet sans voix au chapitre, des poumons privés d'âme et rendant leur ultime souffle à chaque titre, Londinium trouve sa valeur dans son éphémère style qui ne trouva ni successeur ni personne pour le surpasser. Du moins pas que le sache. Assis sur des haines, des conflits d'intérêt, comme la plupart des grandes œuvres, des dialogues de sourds et des luttes intestines, la musique d'Archive, au moment des faits, n'a ni géniteurs, ni descendance.


Voici une descritpion très appropriée trouvée sur le net :

« Vibrante jusqu'à l'épuisement, hantée et incroyablement charnelle, la basse downtempo, scandée, lourde et tordue, répétitive et battue de torsades de cordes pleurnichardes, évoque un univers totalement imaginaire propre à la modernité urbaine : Londinium sonne comme un voyage en train dans une banlieue anglaise moyenne. Les maisons sont samplées sur des publicités d'agences immobilières. Les rails défilent en claquant, tout est fluide et métallique mais tout craque, scratche et grince sous l'action du temps qui passe. L'air est déchiré, épais et s'écarte pour laisser passer le train, mais n'arrive pas à se récupérer. Le pouvoir d'évocation de Londinium est saisissant. La musique appelle des images et des sensations d'une précision diabolique : des herbes mortes de bord de route, des passants emmitouflés dans des manteaux sombres et des nuages en forme de baleines. L'auditeur est saisi par la tristesse du propos, la mélancolie permanente du décor périurbain. A cet égard, le morceau intitulé Nothing Else fait figure, devant le single éponyme, de pépite sans égale. »


A place where feast never ends/ a moment when the music celebrates/ and a time when darkness belongs/ to night skies and nothing else. Cela m’évoque la fête mystérieuse du Grand Meaulnes souvenez vous, le chef d’œuvre d’Alain Fournier nous avait ouvert ce monde là il y a si longtemps…


Londinium est un disque de noctambule en fin de droits. La joie demeure mais l'euphorie est chassée par le matin. Un disque qui réveille des terreurs métaphysiques évoquées par des paroles sombre pour ne pas dire carrément sinistre !  Des paroles complexes et travaillées auxquelles on ne prête pas forcément l'attention qu’elles méritent. Les rappeurs nous servent un flow incisif mais sans agressivité, sans illusion aussi. Les voix s'appliquent à ne pas dépasser d'une tête le cours des synthétiseurs et suggèrent tout du long le devenir-spectre des hommes dans un monde de machines qui chantent. Terminator mais sans la guerre effroyable. Le somptueux Organ song ralliera les amateurs de Prokofiev et finira de convaincre ceux qui ne verraient dans la musique électronique qu'un succédané de musique classique que Londinium a inventé un genre : la musique de science-fiction. Londinium est une œuvre d'anticipation énorme qui provoque une détente et un bien-être à n’importe épisode qu'on l'on se propose d’écouter. Une musique d'ambiance sans précédent, musique qui donne à voir ce que l'on n'osait imaginer : un bout du tunnel brillant, heureux et d'espérance, toujours déporté.



Hell was a place i found by mistake
A gardens secret yet inviting door
Leading to a place
I'm trying hard to let go.

(Last five)



Dans ces années 90, Londinium est un Ovni incontournable, incompréhensible et sans paternité.


 

So few words

So few word apparaît tel un voile de brume de laquelle émerge la voie presque irréel de Roya Arab. Un choc des cultures rap et jazzy qui abouti à un syncrétisme parfaitement exécuté.

Headspace

Puis Headspace, qui pourrait bien être l’avatar de tout cette album. Bouleversant. Très accessible il n’en demeure pas moins raffinée et offre une touche particulièrement sensuelle qui agit comme un massage avant l’acte de se donner corps et âme.

Darkroom

Darkroom nous entraîne à son tour dans un dédale d’impressions étranges et fugaces, qui se succèdent harmonieusement tel une avalanche d’aurores boréales de ciel de Septentrion. Le chant râpé se conjugue légitimement avec celui de la prêtresse de l’émotion.

Londinium

Londinium propose ici sa balade la plus pop, sur laquelle s’exprime une guitare acoustique et le violon. Et s’exprime le flow de John Rosko qui dévoile une profondeur lyrique de textes inspirés et plutôt difficile d’accès.

Man-made

Et son univers synthétique dans laquelle évolue homme et machine. Un rythme lancinant et vibratoire qui insuffle un caractère hypnotique, et laisse l’univers des machine devenir vivant et dépassé les limites de l’utile de ses créateurs.

Nothingelse

Nothing else embrase encore délicatement tout notre être d’une tendresse qui rappellerait la béatitude intra-utérine. C’est une apothéose en soit, émouvante qui nous soulage un peu du fardeau de notre ascension social, et de des impératifs de la vie urbaine.

Skyscraper

Etrange étrangeté développé sur une ligne de basse constante sur lequel John Rosko se confie (un peu trop ?).

Parvaneh (butterfly)

Certainement l’opus le plus planant de l’album, des sons feutrés une cymbales, ce titre est particulièrement soigné, Le tout nécessaire à l’envoûtement.

Beautiful word

Une accroche très épurée destinée à vous élever au dessus du nuage de pollution de la capitale (de votre pays), puis c’est un flow propre qui vient se poser tout naturellement de façon cohérente. Une ballade fluide et sans incident.

Organ Song

Nul doute que les amateurs de Prokofiev seront séduit par cet introduction envolé au violon. Réussissant la prouesse de relier la Mélancolie à l’espérance.

Last five

Vient clore cette album de la plus belle façon, de la voix parfumée et rassurante de Roya Arab qui nous épargne ainsi tradition des adieux déchirants, mais sans parvenir à nous soustraire à la nostalgie. :D

    Vous l’aurez compris Londinium est un voyage à lui tout seul, qui se gorge de son sens à mesure que l’on progresse à travers la densité de la jungle urbaine. Il offre tant de chauds contrastes, de froides nuances, de variétés feutrées, d’atmosphères irrationnelles, que sa musique se voit 'investie d'un pouvoir transcendantal. Fascinant, charnel, attractif, enchanteur, mystique, avant gardiste aussi, Londinium est tout cela à la fois. Une œuvre fondamentale qui ne vous laissera pas indemne. Précurseur, il a ouvert des perspectives nouvelles dans la musique. Un charme sur notre esprit et dans le monde trip hop. Laissez vous séduire par ce voyage, vous ne le regretterez pas…




 


 

Par L'homme sanglier - Publié dans : MUSIQUE
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Commentaires

J'adhère encore !


Londinium (la chanson) me met toujours, toujours dans un état de fou, la fin est... MERDE !

Dire que j'ai mis un an à aimer (surkiffer) Archive... Mieux vaut tard que jamais
Commentaire n°1 posté par Anissa le 21/10/2009 à 00h44
Ce fut une révélation pour ma part Anissa. C'est grâce à l'album Londinium que je me suis initié à la Trip-hop. TRIPE HOP !


Je remercie l'obscur Lac D'Anan au passage. Cet odieu personnage d'Ostrograd...
Réponse de L'homme sanglier le 21/10/2009 à 22h10

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